MISCHA, un rapport d’autopsie accablant

La Tanière ZooRefuge a accueilli et soigné Mischa de notre mieux pendant 2 mois, nous lui avons redonné sa dignité d’ours.


Nous sommes très touchés par sa mort, et nous venons de prendre un deuxième choc, avec le résultat des analyses de l’autopsie.

Notre peine est d’autant plus grande que nous apprenons aujourd’hui que tout cela aurait pu être évité.

Nous demandons depuis deux mois aux autorités compétentes de prendre des dispositions pour les autres animaux, et nous les supplions maintenant à la vue des éléments ci-dessous de faire le nécessaire.

Lors de son arrivée à la Tanière le 14 septembre dernier, Mischa ne pesait que 160 kg alors qu’un ours de cette taille devrait peser environ 250 kg. Des asticots sortaient de son nez et de ses pattes.

Et il souffrait énormément d’insuffisance respiratoire, s’il n’avait pas été placé de suite sous assistance respiratoire, il serait décédé dans les 48/72 H

Il souffrait d’une nécrose des phalanges, d’insuffisance respiratoire sévère, d’une infection de la peau de 3 pattes sur 4 avec envahissement par des larves de mouches, déjà visibles sur les images tournées début septembre par des associations, ce qui démontre le caractère installé et chronique de cette infection sans intervention médicale du propriétaire. Cet état est à mettre en relation avec les conditions d’insalubrité pourtant connues des services de l’état et des installations dangereuses également connues des services de l’état puisque Élisabeth Born mentionne dans son communiqué que la préfecture a procédé à plusieurs inspections. Cela a finalement conduit tardivement à une mise en demeure d’effectuer des travaux en Septembre alors que ces installations étaient en place depuis le début des années 2010.

Son propriétaire n’avait d’autre choix que de nous amener Mischa, car le Ministère de la Transition écologique avait ordonné son placement dans un endroit médicalisé.

La ministre a imposé à la Préfecture de prendre un arrêté contraignant le propriétaire à placer l’animal dans un établissement de soins. Ce qui dans l’absolu n’existe pas : les zoos ne sont pas des établissements de soins et les cliniques vétérinaires ne peuvent pas détenir des ours. Cet arrêté est une totale improvisation. La Tanière a cette unique possibilité d’un espace de soins dédié aux gros animaux mais si les Poliakov avaient été correctement renseignés, ils auraient pu attaquer cet arrêté en disant qu’on les contraint à l’impossible.

Cet amateurisme de la Préfecture est démontré par de multiples erreurs inadmissibles : aucune des visites de l’administration n’a été accompagnée d’arrêté de mise en demeure, la première date de 2019 alors que les infractions sont constatées depuis de nombreuses années. L’administration de sa propre initiative a décidé d’accompagner les Poliakov ce que toutes les administrations font en engageant le dialogue tout en faisant son travail, c’est à dire en prenant les arrêtés nécessaires pour éviter les abus. Cette administration n’a fait appel aux conseils d’aucun professionnel et n’a jugé bon de le faire qu’à partir de février 2019. L’administration du 41 a reçu des signalements de divers DDPP qu’elle a classé sans instruction en 2018. Elle a décliné les offres d’aide juridique du ministère. Elle a détourné l’avis des experts précédant qui estimaient que l’ours ne devait pas travailler en tenant l’autorisation de travailler si un vétérinaire attestait de son aptitude. Et depuis elle ne prend aucune décision contraignante sans avis (cf. la communication du préfet qui mandate deux experts, on ne sait même pas si ces expertises ont eu lieu).

Alors qu’elle a la possibilité d’intervenir quand elle le décide, vues les éléments accumulés : les Poliakov ne peuvent pas justifier de soins qualifiés pour les troubles respiratoires de l’ours constatées en 2011. Les Poliakov ont fait venir un vétérinaire en connaissant l’état des pattes de son animal, non pas pour le soigner mais pour avoir une attestation lui permettant de travailler avec son ours. La DDPP 41 n’a même pas cherché à contacter le vétérinaire pour savoir dans quelles circonstances il avait fait son attestation. Même un vétérinaire spécialiste auquel on présente un ours en train de dormir les pattes dans la paille peut se faire piéger. Et ce n’est qu’au bout d’une quinzaine de minutes de sollicitation de l’ours que les troubles respiratoires à l’effort sont évidents. Au repos le problème peut passer inaperçu. Mais les Poliakov ne peuvent pas l’ignorer, eux, à la suite du spectacle pitoyable de Dunkerque qui a été filmé, où l’on voit l’ours s’effondrer à plusieurs reprises, le capacitaire ne peut que savoir que l’ours ne va pas bien : est-ce qu’il écourte son spectacle comme l’impose la réglementation, est ce qu’il fait venir un véto à son retour pour traiter l’ours ? Non rien de tout ça. Lors de notre visite du 11 septembre 2019, une ordonnance avec une urgence absolue de traitement est établie, mais aucun soin n’est apporté avant son arrivée chez nous.

Tout cela constitue un défaut de soins que l’administration connait depuis septembre, ce qui n’a entrainé aucune mesure de sa part. La bienveillance de l’administration est due au fait (cf rapport oncfs au ministère) qu’ils sont persuadés que les Poliakov aiment leurs animaux. Tous les amuseurs savent témoigner de l’affection pour leurs victimes, il n’en demeure pas moins qu’ils leur font du mal. Les services vétérinaires n’avaient même pas relevé que l’Ours était transporté dans un véhicule illégal pour le transport à but lucratif.

Durant deux mois, vous avez tout tenté, en vain. Pensez-vous que MISCHA aurait pu être sauvé s’il avait été placé avant ?

Suite aux résultats de l’autopsie et des analyses, nous pensons que Mischa avait des chances d’être sauvé s’il avait été soigné et placé avant.

L’autopsie et les premiers éléments d’histologie qui nous sont parvenus (il en manque encore) nous permettent de penser que Misha a été battu. Cette hypothèse a été signalée le 30 septembre suite à des radios. Mais faute d’interprétation formelle des radiologues, cet élément n’a pas été retenu par l’administration a laquelle une première fois nous rendions compte d’une possible maltraitance.

Ce que l’on peut dire c’est que Misha est mort parce que son larynx était déformé. Les troubles respiratoires des voies nasales et possiblement la chaine qu’il avait autour du coup en étaient responsables. Était-il condamné par sa tumeur du poumon : oui et non ? Le temps de survie dépend de plusieurs facteurs et nous ne disposons pas encore de tous les éléments.

Chaque animal qui décède dans un parc animalier doit être autopsié, c’est la règle, de plus nous devions savoir pour Mischa, ce qu’il avait réellement.

L’autopsie révèle que ses poumons ont été gravement endommagés par la présence de rouille partout dans son enclos. L’insuffisance respiratoire et l’état des poumons peuvent avoir été provoqués par le fait qu’il passait ses journées à lécher les barreaux rouillés de sa loge.

En effet l’exposition à l’oxyde de fer est un Co facteur d’exposition pour les tumeurs du poumon. Une bibliographie complète des cancers des ours a été faite, aux articles scientifiques ne mentionne de tumeur au poumon primitive ou secondaire même pour des cancers qui sont réputés chez d’autres espèces provoquer des métastases pulmonaires. Cela conduit à penser que l’ours n’est pas sujet à ce type de cancer naturellement et que comme chez l’homme il est provoqué par des facteurs d’exposition : le plus connu est le tabac, mais également l’amiante, l’oxyde de fer, les microparticules.

Nous avons signalé dans l’intérêt des personnes et des animaux ce problème à la DDPP 41 qui n’a fait aucune réponse et met de ce fait en danger les propriétaires et les autres animaux.

On sait que pour l’oxyde de fer notamment chez l’homme, la nocivité de son exposition cesse si l’exposition cesse. Mais si d’autres facteurs d’exposition sont intervenus, le cancer est imparable au bout d’un certain temps si l’exposition ne cesse pas.

On ne peut pas remonter le temps, mais il est évident, que comme tout fumeur qui cesse de fumer a des chances d’échapper au cancer au bout d’un certain nombre d’années sans fumer, Misha aurait eu possiblement une chance de ne pas développer de cancer si son exposition à des facteurs cancérigènes avaient cessé rapidement.

Lors de l’anesthésie, nous avons trouvé en constat direct sur la peau des masses de la taille d’un demi- pamplemousse, les plus grosses étant situées sur sa joue et son postérieur. Les résultats de l’analyse de ces tumeurs disent la chose suivante :

À l’examen histologique, au sein de toutes les biopsies transmises, on observe le même type de lésions. Il s’agit d’une lésion inflammatoire chronique fibrosante associée à des plages de nécrose avec calcification hyper basophile, multifocales extensives à coalescentes. Cette inflammation intéresse le tissu conjonctif adipeux ainsi que le tissu musculaire prélevés. L’inflammation se compose de lymphocytes, plasmocytes, macrophages activés parfois fusionnés en cellules géantes plurinucléées au contact des zones nécrotiques et calcifiées. L’inflammation apparaît principalement lymphoplasmocytaire et en manchons périvasculaires en périphérie des zones calcifiées. Une fibrose marquée est associée.

C’est un peu technique, mais cela signifie que ces tumeurs extérieures n’étaient pas cancéreuses, mais inflammatoires, l’emplacement de ces deux tumeurs laisse à penser que ces deux endroits son ceux utiliser pour des coups, sur son postérieur et sur son visage. Lorsqu’il ne réalisait pas le travail demandé.

Le tableau histologique lésionnel est celui d’une lésion inflammatoire chronique fibrosante avec foyers de calcification en faveur de foyers de calcification dystrophique sur nécrose tissulaire.

L’hypothèse d’une origine traumatique est compatible avec les lésions observées.
Dans le cadre de calcifications multicentriques, l’hypothèse d’une anomalie du métabolisme calcique ne peut être complétement écartée. À confronter au tableau clinique complet et à d’éventuelles lésions localisées ailleurs.

Toute la question est de savoir comment les propriétaires ont pu conserver ces animaux aussi longtemps.

Mischa est dans cet état là depuis très longtemps et il y a eu à mon avis de grave manquement de l’administration, cela pour des raisons que j’ignore, mais il est grand temps maintenant que cela cesse et que les ours et tous les animaux sur place soit saisis. C’est maintenant à la justice et aux journalistes, faites votre travail, nous ne sommes pas des enquêteurs.

Que faudrait-il pour sauver Glasha, Bony et d’autres animaux vivant au même endroit dans les mêmes conditions ?

Pour les autres animaux encore présents sur place, Il faut simplement que les services de l’Etat concernés prennent leurs responsabilités, saisissent immédiatement tous les animaux, et que les personnes qui ont failli à leur devoir soient identifiées et sanctionnées

Nous en arrivons à mon avis à un stade où les propriétaires et l’administration sont autant responsables.

Il y a deux mois lors de l’examen des animaux nous avons également signalé qu’un des ours était identifié avec un numéro de puce qui n’était pas le bon, rien que cela aurait dû justifier la saisie, de même que le primate sur place n’est pas en règle avec les autorisations nécessaires.

Il faut donc saisir ces animaux et les placer d’urgence dans des endroit capable de les recevoir, il y en a plusieurs, et nous ne demandons absolument pas que ce soit nécessairement chez nous, nous avons bien assez de cas à traiter.

Si cela est nécessaire nous sommes tout à fait prêts à aider et à prendre des animaux, comme nous l’avons déjà proposé à l’administration.

Sans l’intervention de Madame la Ministre il y a deux mois maintenant, les choses seraient certainement encore en l’état.

Nous ne sortons pas de notre réserve, ni de nos engagements de ne pas juger, très souvent lorsqu’un animal nous arrive et qu’il a souffert, c’est surtout par méconnaissance de ses propriétaires, et rarement volontairement.

Mais cette fois-là les choses sont beaucoup trop graves, et cela fait plus de deux mois que nous demandons une intervention. Pour mémoire il a fallu se fâcher très fort et menacer pour obtenir l’autorisation d’anesthésie.

Oui nous avons l’habitude de cela, mais je vous affirme que jamais dans chez un particulier ou dans un cirque cela ne serait arrivé. Aucun professionnel du cirque n’aurait fait subi cela à un animal, ce sont des gens qui respectent leurs animaux, nous avons toujours dis que comme le cirque le problème était de devoir se déplacer sans arrêt avec les animaux, mais en aucun cas les propriétaires des animaux. C’est pour cela que nous pensons que certains animaux n’ont plus leur place dans les cirques, mais pas à cause de leur propriétaire qui eux aiment leurs animaux.

C’est le processus du deuil : d’abord nous avons été effondrés, désemparés, complètement abandonnés de la préfecture. Seul le ministère a eu un mot de compassion. Puis arrive le temps scientifique d’analyses, et avec lui la colère que nous ressentons à présent car cette analyse révèle des mauvais traitements et la complicité de l’administration défaillante.

 

INFO DES DERNIER JOUR

Suite à nos nombreuses interventions, nous venons d’apprendre que la Préfecture a annoncé aujourd’hui le placement médicalisé pour soins des autres animaux des Poliakov, avec possibilité de retour chez leur propriétaire. Ce n’est pas ce que nous demandons et nous trouvons particulièrement inadmissible cette décision.

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